Lomig s’est ainsi imaginé être un soldat nommé Julien qui écrit à sa tendre épouse ; quant à Nicolas, il est le soldat Arthur Yves Marie qui écrit à sa chère Jeanne.

Verdun le 02/03/1916

Ma chère Marie-Anne,

Aujourd’hui nous allons au front et j’ai peur de ne pas revenir. J’ai peur de ne plus jamais te revoir ma tendre épouse.

Ici nous sommes constamment stressés et apeurés. Les bruits de coups de feu, les explosions d’obus sont partout. Nous voyons des corps être engloutis par la terre puis réapparaître par les explosions d’obus, c’est horrible. Des êtres humains comme des pantins désarticulés…

Nos chefs nous demandent souvent de nous mettre à couvert, car il y a des bombes mais dans les tranchées on ne se sent jamais protégés. Nous avons de la boue jusqu’aux genoux, nous avons froid nous grelottons et claquons des dents, nous n’avons que le pinard pour nous réchauffer. Le matin on nous donne du jus infecte.

Quand je suis dans mon gourbi à l’abri pépère je grave les douilles d’obus avec un caillou et un clou, je pense les revendre en permission pour me faire un peu d’argent et t’acheter le collier en perles que tu voulais tant.

En arrière ligne on nous raconte des bobards sur les Allemands comme quoi ils coupaient les mains des femmes et des enfants des villages voisins. Mais il n’en est rien, c’est juste pour nous forcer à haïr l’ennemi.

J’aimerais tant être à tes côtés…

Ton cher Julien

Sur le front de l’ouest 27 juin1918 dans la Somme

Ma chère Jeanne,

Tu me manques. Là où je suis, c’est horrible. Nous, les poilus, nous nous battons, les balles traversent de tous les cotés. Parfois même elles passent si près de nous que l’on entend leurs sifflements dans nos oreilles. Les bleusailles se font tuer par dizaines. Tu ne peux imaginer : le champ de bataille est un grand cimetière. Quand ce n’est pas la mitraille qu’on entend, ce sont les cris de souffrance de nos camarades blessés ou les cris d’avertissement de nos chefs comme : « TOUS A COUVERT, UNE BOMBE ! »

Lorsque nous ne sommes pas au front, nous sommes dans les tranchées arrières où grouillent des cafards et des rats ; c’est infect. Mais c’est l’occasion de poser notre barda. Nous prenons des bains de pied à la boue, et nous glissons à cause de cette boue parfois il y a même des coulées et j’ai vu des camarades mourir étouffés. Le jus comme le pinard sont rationnés car il n’y a plus de stock. Dans les tranchées arrières, certains soldats sont pépères et tentent de se reposer mais d’autres restent à l’affût par crainte des combats, ils sont comme traumatisés et tirent sur la moindre chose qui bouge.

Et il y a aussi de nouvelles armes technologiques comme des lance-flammes, des mitrailleuses et des fusées éclairantes que je n’avais jamais vues avant. Je suis certain que dans les journaux, on vous raconte des bobards et qu’on vous dit que l’on ne fait rien, que l’on est bien à l’abri et bien nourri, que l’on n’ose pas aller au combat. Foutaises ! J’aimerais bien voir à notre place les personnes qui n’ont jamais eu le courage de venir défier les « boches »… Je ne te raconte qu’une infime partie de ce que je vis ici car c’est trop triste. Je ne sais pas si je vais tenir, je pense que mon heure va bientôt sonner.

Je t’embrasse Jeanne

Arthur Yves Marie.